ANNONCIATION II
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TOUSSAINT
CANTIQUE

DEUXIÈME SERMON POUR L'ANNONCIATION DU SEIGNEUR.

1. Aujourd'hui le Verbe s'est fait chair et a commencé à habiter parmi nous, selon la règle de la saine foi, que nous a conservée le livre des dogmes ecclésiastiques. L'Église, en effet, croit très-fermement et ne doute en aucune manière, que la chair du Christ n'a pas été conçue avant d'être prise par le Verbe; mais que le Verbe de Dieu lui-même a été conçu en prenant un corps, et que ce corps a été conçu par l'incarnation du Verbe. C'est donc en ce jour que la Sagesse a commencé à se bâtir la maison de notre corps, dans le sein de la Vierge, qu'il a détaché de la montagne sans le secours des mains, la pierre angulaire pour édifier l'unité de son Èglise; lorsque, sans le concours de l'homme, il a séparé pour elle du corps de la Vierge la chair, instrument de notre rédemption (Dan. II, 34). Depuis lors le Dieu des vertus est avec nous, le Dieu de Jacob est Notre-Seigneur; parce que, en cette journée, le Seigneur a pris ce qui est à nous, en sorte que la gloire habite dans notre terre. Aujourd'hui, Seigneur, vous avez entièrement béni votre terre, celle qui est bénie entre toutes les femmes. Aujourd'hui vous avez répandu la bénigne influence du Saint-Esprit, afin que notre terre donnât le fruit béni de son sein, et que, la rosée tombant du ciel, les entrailles de la Vierge fissent germer le Sauveur. Maudite sous le travail de l'homme prévaricateur, même quand elle est travaillée, elle, produit, pour les héritiers de cette malédiction, des ronces et des épines. Mais, à présent, elle est bénie sous le travail du Rédempteur, elle procure à tous la rémission des péchés et le fruit de la vie ; pour tous les enfants d'Adam, elle fait disparaître le malheur de la condamnation originelle. Oui, parfaitement bénie cette terre qui, encore intacte et non remuée, ou ensemencée, produit le Sauveur, et de la seule rosée du ciel donne aux mortels le pain des anges et l'aliment de la vie. Parce qu'elle était inculte, elle paraissait abandonnée, mais elle était pleine du meilleur fruit, elle semblait un désert et une solitude, et elle était un paradis de bonheur. C'est là le jardin des délices de Dieu; le désert dont les plaines ont germé des plantes odoriférantes, un désert peuplé d'où le Père a fait ressortir l'agneau dominateur de la terre. « Envoyez,» s'écrie le Prophète, « envoyez, Seigneur, l'agneau de la pierre du désert, » c'est-à-dire détachez la pierre de la pierre, que la virginité sainte et inviolable produise l'inviolable et le saint. Il se trouve ici une harmonie assez juste qui fait correspondre le commencement de la vie du Christ à sa fin, sa sépulture à sa conception ; c'est de la pierre du désert que sort l'agneau qui doit être enfermé sous la pierre du sépulcre; et comme le monument destiné à abriter son cadavre devait être taillé sur la pierre, de même, dès le principe de sa conception, il se forma un corps de la pierre et se prépara une place dans la même pierre; comme aussi, il ne diminua point l'intégrité de la pierre dont il se détacha, de même, il ne brisa point le sceau de la pierre de son sépulcre lorsqu'il en sortit dans sa résurrection.

2. Si donc le « Christ est la pierre, » comme l'Apôtre le dit (I Cor. X, 4), le Fils ne dégénère pas de sa mère, lorsque cette mère reçoit le nom de pierre. Ne mérite-t-elle pas ce titre, cette créature qui, demeurant ferme dans sa résolution d'aimer la virginité, et inébranlable dans ses sentiments, était entièrement insensible et de pierre par les sens, 'pour résister à tous les attraits du péché? L'intégrité virginale n'est-elle pas une pierre qui ne produit rien de sa nature et qui, en produisant, par la vertu de la rosée divine, s'entr'ouvre à la fécondité sans admettre de conception, sans subir d'enfantement? mais que « la terre s'ouvre,» dit Isaïe, « qu'elle s'entr'ouvre et germe son Sauveur (Isa. XLV, 8). » O saint Prophète qui dites : que la terre s'entr'ouvre, qu'est-ce donc que le Seigneur dit à Ézéchiel : « Cette perte sera fermée et elle ne s'ouvrira pas (Ezech. XLIV, 2) ? » Ne vous a-t-on découvert que le dessein relatif à la fécondité de Marie et vous a-t-on caché le mystère de sa perpétuelle intégrité? Il n'en est point ainsi, répond Isaïe, nul plus que moi n'a été admis à la connaissance de ce secret. Comment, en effet, le mystère de cette perpétuelle virginité m'eût-il été caché, lorsque, si longtemps à l'avance, j'ai écrit cette prophétie : « Voici qu'une Vierge concevra et enfantera un Fils (Isa. VII, 14) ? » Vous demandez donc comment nous disons : « Qu'elle s'ouvre;» et comme Ézéchiel dit : « Elle ne s'ouvrira pas? » Elle ne s'ouvrira pas pour un homme, elle s'ouvrira pour le Seigneur, ainsi qu'il a été dit au même prophète : « L'homme ne passera point par elle, parce que le Seigneur Dieu d'Israël y est entré (Ezech. ibid.). » Pour le Seigneur s'ouvrira, non l'intégrité virginale du corps, parce que Ezéchiel ajoute, après ce que nous avons dit plus haut : « Elle sera fermée même pour le prince; » mais il s'ouvrira l'oreille et la porte du cœur; en effet, le Verbe, pour s'incarner, est entré par l'oreille de la Vierge et il sortit d'elle, après son incarnation, par la porte de son corps. Car le Verbe tout-puissant de bien, bien que se chargeant de notre infirmité, ne perdit rien de sa toute-puissance, en sorte que, contre la nature de la chair et au dessus de notre intelligence, il pouvait faire passer, salis les briser, par des portes fermées, son corps sensible et palpable, qu'il fit voir à ses disciples après être entré dans un appartement fermé, ce que la raison ne comprend pas.

3. Ouvrez donc en sûreté, ô vierge sans tâche, ô porte du sanctuaire toujours fermée, ouvrez sans crainte, au Seigneur, Dieu d'Israël, qui vous crie depuis longtemps : « Ouvrez-moi, ma sœur, mon amie (Cant. V, 2). » Il n'y arien à redouter pour votre intégrité : Dieu n'altère pas ce qui est saint, il rétablit ce qui a été souillé. Si vous êtes propre à recevoir le Verbe de Dieu, vous n'êtes pas fermée, mais vous êtes marquée d'un sceau. «Placez-moi, » dit l'Époux, « comme un cachet sur votre cœur, comme une marque sur votre bras (Cant. VIII, 6).» En effet, Jésus imprimé dans le cœur, exprimé dans les œuvres, est un cachet et une défense inviolable de la chasteté de son épouse, et, par là même qu'il se pose comme modèle qu'on imite, il se place aussi comme gardien de la sainteté. O vierge fidèle, que votre oreille soit donc ouverte pour entendre et votre esprit pour croire : par l'oreille, recevez la parole de l'ange, par le cœur, accueillez le Verbe du Très-Haut et, dans votre cœur, concevez le Fils de Dieu. Dites, vous aussi,vierge heureuse, vierge aussi humble que fidèle, dites : « Le Seigneur a ouvert mes oreilles : pour moi, je ne suis pas allée en arrière (Isa. I, 5) ; voici la servante du Seigneur (Luc. I, 38) : » Je suis prête à accomplir sa volonté : bien plus, je la seconderai de mes vœux, si je le puis : « Qu'il me soit fait selon votre parole. » Parler ainsi, témoigner ainsi, de son dévouement, c'est ouvrir entièrement son cœur au Seigneur, c'est aussi ouvrir sa bouche et attirer le Saint-Esprit. Ainsi s'ouvrit sans nul doute la terre, afin de recevoir la rosée que les cieux laissaient tomber, et de germer son Sauveur. Noble tige, arbrisseau plein de justice et de parfum, race du Seigneur, qui est déjà dans la magnificence et la gloire, lorsque ce même fruit de !a terre est élevé au-dessus de tout, c'est-à-dire, Dieu exalté par dessus les cieux et faisant éclater sa gloire sur toute la terre, que vous l'appeliez germe, fruit ou fleur, peu importe, puisque le même Jésus-Christ est tout cela et infiniment plus : la réalité est unique, mais la grâce est multiforme, multiple est l'opération de la même puissance : si la pauvreté du langage et du sentiment humain lui donne, par similitude, une infinité de noms, il ne pourra jamais épuiser toute sa signification. C'est avec raison que Jésus est appelé tout à la fois, germe, fleur et fruit, parce que, parti sans degré, dès le commencement de sa conception, il a été parfait lui-même en vertu et en grâce. En nous, il est d'abord « germe, » lorsque la foi se traduit en confession ou en action manifeste; ensuite il est « fleur, » lorsque la sanctification opérée par le Seigneur, s'épanouit par une sorte d'éclat des vertus ; enfin, il est « fruit, » lorsque la béatitude rassasie l'homme parfait. C'est avec beaucoup de charme et de vigilance tout à la fois que la sagesse divine a désigné à l'avance non-seulement ces mystères, mais le présage de ces mystères, quand elle a voulu que le lieu où la terre a produit le Sauveur, ce germe saint, le lieu, dis-je, où la fleur est sortie de la tige et de la racine de Jessé, fut appelé Nazareth, c'est-à-dire sainteté, germe, fleur, arbuste en sorte que l'événement et le lieu, le lieu et l'événement fussent attestés par le même mot, et que le nom du lieu annonçât l'événement qui devait s'y accomplir, et que l'événement accompli nous donnât la raison du nom.

4. Pardonnez-moi, mes frères, si, pour votre instruction et pour le bien de votre conduite, je me suis arrêté, peut-être plus que je ne le devais, à admirer et à vanter cet ineffable mystère. Qu'y a-t-il d'étonnant que je m'extasie devant un spectacle qui frappe les anges de stupeur; et que je m'étende à prêcher la gloire que racontent les cieux ? faut-il être surpris que je trouve mes délices en ce qui réjouit les esprits bienheureux, justifie les pécheurs, et couvre les justes de gloire? Je ne sais cependant, si aucune pensée peut être plus efficace et plus douce pour édifier les âmes, et les porter au bien, que la considération pieuse et fidèle de ce mystère, je veux dire du Verbe incarné. Qu'y a-t-il qui puisse exciter l'homme à aimer Dieu, comme l'amour si violent qui poussa Dieu vers l'homme, au point que, pour l'amour de l'homme, il veuille devenir homme lui-même? Qu'y a-t-il aussi qui nourrisse plus l'amour envers le prochain, que de voir dans l'humanité d'un Dieu, la valeur et l'image du prochain ? Je ne crois pas que l'on puisse trouver un plus grand exemple d'humilité que l'anéantissement d'un Dieu, prenant la forme d'un esclave et se rendant plus serviteur qu'un esclave? Quant à la chasteté, qu'y a-t-il qui la fasse briller davantage que de voir la chasteté produire le Sauveur? Ou bien, qu'y a-t-il qui montre avec plus d'évidence la vertu et le mérite de la foi, que lorsqu'une vierge, après avoir conçu Dieu par la foi, mérite, par la foi aussi l'accomplissement de toutes les promesses divines ? « Bienheureuse, » s'écrie l'Écriture, « celle qui a cru, parce que tout ce que le Seigneur lui a dit s'accomplira (Luc II, 45). » Et pour que vous sachiez plus parfaitement que la conception de la vierge n'est pas seulement mystique, mais aussi morale, le sacrement de votre rédemption est aussi un modèle proposé à votre imitation, en sorte que vous rendez manifestement nulle la grâce du sacrement, si vous n'imitez pas la vertu du modèle. Celle qui a conçu Dieu par la foi vous promet la même faveur, si vous avez la foi si véritablement, vous voulez recevoir avec fidélité la paroles tombée des lèvres du messager céleste, vous pourrez, vous aussi, concevoir ce Dieu que l'univers entier ne peut contenir. Oui, vous pouvez le concevoir de cœur et même de corps, non par une œuvre en apparence corporelle, et cependant, je le répète, par votre corps, puisque l'Apôtre nous ordonne « de glorifier et de porter Dieu en notre corps (I. Cor. VI, 20). » Veillez donc, et avec attention, sur votre ouïe, car la foi vient de fouie, et l'ouïe se fait par la parole de Dieu : (Rom. X, 17) ; parole que vous annonce sans nul doute l'ange de Dieu, lorsque le prédicateur fidèle qui est appelé, et qui est, ainsi que vous ne pouvez le constater, l'ange du Seigneur des armées, (Malac. II, 7) s'entretient avec vous de sa crainte ou de son amour. Bienheureux sont ceux qui peuvent dire: « Par votre crainte, Seigneur, nous avons conçu et enfanté l'esprit de salut (Isa. XXVI, 18,) » qui n'est pas autre que l'esprit du Sauveur, que la vérité de Jésus-Christ. Voyez l'ineffable bonté de Dieu, et, en même temps, la vertu de ce mystère incompréhensible : celui qui vous a créé, est créé en vous: et comme si c'était peu de vous avoir pour frère, il veut aussi que vous deveniez sa mère. « Quiconque, » dit-il, «fera la volonté de mon Père, est mon frère et ma sœur et ma mère (Matth. XII, 50). » O âme bienheureuse, ouvre ton sein, dilate tes affections, ne reste pas à l'étroit dans tes entrailles, conçois celui que la créature ne contient pas. Ouvre ton oreille au Verbe de Dieu, afin de l'entendre . voilà la voie pour concevoir l'esprit. dans le cœur, c'est par ce moyen que les os du Christ, c'est-à-dire les vertus, se forment dans le sein de celui qui l'a conçu.

5. Grâces vous soient rendues, ô Esprit Saint, qui soufflez où vous voulez. Je vois, par l'effet de votre grâce, non pas une mais plusieurs âmes chargées du noble fardeau de ce fruit : conservez vos œuvres, qu'aucune n'avorte et ne rejette ce produit de la grâce faible oit mort. Vous aussi, mères heureuses d'un si glorieux enfant, veillez sur vous, jusqu'à ce que Jésus-Christ soit formé dans vos entrailles (Gal. IV, 19) : veillez à ce qu'un choc puissant du dehors ne blesse pas ce tendre fruit; n'introduisez rien en vous, c'est-à-dire dans votre âme, qui tue l'esprit que vous avez conçu. Epargnez, sinon vous-mêmes, du moins le Fils de Dieu en vous : évitez non-seulement les couvres et les discours coupables, mais encore les pensées mauvaises et les délectations mortelles qui étouffent entièrement la demeure de Dieu. Surveillez donc, avec toute sorte de soin, vos cœurs, car la vie en sortira, lorsque le fruit, arrivé à sa maturité, s'en détachera, et lorsque la vie de Jésus-Christ à présent cachée dans vos cœurs, se manifestera dans votre chair mortelle. Vous avez conçu l'esprit de salut, vous enfantez encore, voua ne l'avez pas produit. S'il y a une grande fatigue dans l'enfantement, il y a une grande consolation dans l'espérance de l'enfantement. « La femme, quand elle met an monde un enfant, éprouve de la tristesse de sa souffrance (Joan. XVI, 21), » mais quand cet enfant est né, elle ne se souvient pas de ses douleurs à cause de sa joie, parce que l'homme-Christ sera né dans le monde extérieur de notre corps, qu'on appelle d'ordinaire un petit monde. En effet, celui qui, à présent, est conçu Lieu dans nos esprits, les conformant à l'esprit de sa charité, naîtra alors comme homme dans nos corps, les rendra semblables à son corps glorieux, dans lequel il vit et est glorifié, Dieu, dans tous les siècles des siècles. Amen.

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